samedi, juillet 04, 2009

Publicité

Comme pour détourner l’attention après les quatre tirs de missile en mer de l’Est jeudi dernier, la Corée du Nord vient de sortir ce qui semble être son premier clip publicitaire pour de la bière, la Daedonggang maekju, la bière de la rivière Daedong.

On notera que ce n’est pas la première tentative nord-coréenne dans ce domaine : on peut trouver dans les rues Pyongyang depuis quelques années une poignée de panneaux publicitaires, pour les voitures Pyonghwa.



Un peu plus au sud, de l'autre côté de la frontière, une pub pour de la bière ressemble plutôt à ça :



Encore un petit effort !

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jeudi, juillet 02, 2009

PAM, un an après

Un an après le début de l’ambitieuse opération d’urgence menée par le Programme Alimentaire Mondial en Corée du Nord, une dépêche AP tire un bilan provisoire de son échec :

The World Food Program has received only 15 percent of the $504 million it needs to feed 6.2 million vulnerable North Koreans as the food situation worsens during a lean growing season before the November harvest, according to Torben Due, the WFP's representative for North Korea.

Due would not give a reason for the funding shortfall but said he understood that donors may be responding to the political situation in North Korea.

Cependant, c'est dès les premiers mois du programme - qui a débuté en aout 2008 - que le principal bailleur américain n’a pas tenu ses promesses de dons de nourriture. Quelques mois avant le début de la crise actuelle, donc.

Pour l'anecdote :

The North Korean government has also told the agency to scale back its operations, Due said, and to get rid of its Korean-speaking staff, which reduced the number of workers to 16 last month from the 59 agreed upon last year.

J’ai été le premier "Korean speaker" à partir, en octobre 2008. Le dernier a quitté Pyongyang la semaine dernière. Il me semble que c’est la première fois que la Corée du Nord annonce officiellement au PAM son refus d’accorder des visas à ses employés coréanophones.

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mercredi, juin 10, 2009

La Cité des Damnés

Quand les contraintes propres à KBS – faire la promotion du cinéma auprès du public francophone – se heurtent aux difficultés propres au chroniqueur – qu’écrire quand le film est tellement mauvais qu’il n’y a rien strictement rien à promouvoir -, cela donne le résultat suivant:

La Cité des Damnés - chronique du 26 mai 2009

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samedi, juin 06, 2009

Ordinary Life

Très beau spectacle de danse mardi dernier dans le cadre du MODAFE, un festival international de danse moderne organisé tous les ans à Séoul, qui présente a la fois des artistes reconnus et de jeunes talents coréens.

Sur scène, une centaine de petits tabourets rouges en plastique, de ceux qu'on trouve dans les saunas ; terrain de jeu des deux danseuses, qui les intègrent dans leurs mouvements et leurs interactions. Elles dansent autour, les envoient voler à travers la scène, s'affalent dessus. Petites briques ludiques d'un spectacle joyeux et intelligent.

Elles illustrent par leur danse des instants choisis d'une vie. Le ton et la musique sont festifs, le rythme soutenu ; les deux danseuses s'enlacent, s'éloignent, se poursuivent, miment l'ennui et s'écroulent, avant de repartir de plus belle semer la pagaille au milieu des tabourets. Le spectacle est excellent, très créatif, et réussit à être facilement accessible tout en restant artistiquement exigeant.

Le mur patiemment construit s'écroulera ensuite par petits pans, sous les envolées des deux danseuses qui virevoltent autour. L'une d'entre elle finira par se jeter au travers, et achèvera la démolition. Fin du jeu.

Ca s'appelait Ordinary Life.



[Photos de Djeppou]

Si vous êtes intéressés par les prochaines performances des deux artistes, Gong Yeong-seon présentera une nouvelle création, avec d’autres danseurs et 3 musiciens en live, le 22 juillet, au Arko Theater à Daehangno. Heo Hyo-seon, quant à elle, dansera au LG Art Center le 25 et 26 juin.

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samedi, mai 23, 2009

Roh Moo-hyun (1946 - 2009)

Roh Moo-hyun, 16ème président coréen (2003-2008), 62 ans, s'est suicidé ce matin en se jetant d'une falaise derrière chez lui.

Issu d'une famille très modeste, avocat autodidacte, défenseur des droits de l'homme et des activistes étudiants pendant les années de dictature, il avait été élu à la présidence par surprise en 2003.

De ses cinq années à la Maison Bleue, on se souviendra de son approfondissement de la politique de la main tendue à la Corée du Nord initiée par son prédécesseur Kim Dae-jung, d'un accord de libre échange avec les Etats-Unis controversé et toujours pas ratifié, de ses tentatives de réformes avortées, de ses difficultés de communication, et surtout de son étonnante capacité à se mettre à dos à la fois l'opinion public et l'establishment. Roh n'est jamais allé à l'université, et ne bénéficiait du soutien d'aucun réseau.

On soupçonne sa femme d'avoir joué un rôle déterminant dans le scandale de corruption dont il était accusé depuis deux mois. Lui qui se voulait intègre, cloué au pilori, il n'a apparemment pas supporté l'intense pression médiatique créée par cette affaire.

J'avais beaucoup de sympathie et de respect pour Roh, et cette nouvelle m'attriste vraiment.

La Corée est en deuil. Il aura fallu Lee Myong-bak et un suicide pour que les Coréens commencent à regretter un president qu'ils n'avaient pas su apprécier à sa juste valeur.

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samedi, mai 16, 2009

"Thirst, ceci est mon sang" - Park Chan-wook s’essaie à la série B

Le dernier Park Chan-wook a été présenté hier au festival de Cannes ; pour l’occasion, le texte de ma prochaine chronique ciné pour KBS :

Sorti fin mai en Corée et actuellement en compétition à Cannes, le film Bakjui - chauve-souris en coréen, mais bizarrement traduit en français par Thirst, ceci est mon sang - met en scène Song Kang-ho, l’un des acteurs fétiches de Park Chan-wook, et qui avait déjà brillé dans JSA et Sympathy for Mr. Vengeance. Song est accompagné de la belle Kim Ok-bin, dont c’est le premier rôle principal au cinéma. Après s’être essayé à la comédie teintée de poésie avec Je suis un cyborg mais c’est pas grave, Park est retourné à un genre - plutôt rare dans le cinéma coréen - qui convient sans doute mieux à son talent pour mettre en scène le sombre et l’étrange: le film de vampires.

Bakjui raconte l’histoire d’un prêtre qui, par ferveur chrétienne, se fait inoculer volontairement une maladie exotique dans un dispensaire en Afrique, maladie qui le laisse pour mort avant de le transformer peu à peu en vampire. De retour en Corée, il se découvre de nouveaux pouvoirs, une aversion pour la lumière, l’envie de piquer des roupillons au fond de cercueils, et une inextinguible soif de sang. (on notera qu'à la différence de ses collègues des Carpathes et en bon vampire coréen qui se respecte, il ne semble avoir aucun problème avec l'ail...) Il parvient à contrôler ses pulsions et à reprendre sa charge de prêtre, jusqu’à ce qu’il tombe amoureux de l’une de ses ouailles, la lascive et attirante Tae-ju, une jeune femme mariée et paumée qui broie du noir dans sa belle-famille.

Gravement troublée et gravement troublante, Tae-ju entreprend de séduire le prêtre. Celui-ci, incapable de résister à ces irrésistibles désirs de sexe et de sang qui se mélangent et l’envahissent, finit par céder. Mordue par le prêtre, Tae-ju deviendra vampire elle-aussi. Si lui parvenait à se contrôler, elle n’en fait rien. Lui éprouvait une culpabilité toute chrétienne à assouvir sa soif de sang, elle n’éprouve que du pur plaisir.

Bakjui est une histoire d’amour gore et de passion violente. Ce n’est ni une tragédie ni un film d’horreur – même si elle en emprunte certains codes. Malgré le caractère épouvantable de l’histoire, une distanciation s’opère à travers la musique et la nonchalance des dialogues : on a presque affaire ici à une comédie, noire certes. Le film est parfois très drôle, et lors de la projection il n’était pas rare d’entendre la salle rire à gorge déployée, entre deux frissons d’écoeurement. Car Bakjui est gore : pustules repoussantes, sang visqueux, auto-mutilation, abjects bruits de succion, le spectateur doit avoir le cœur bien accroché.

Dans la lignée de Sympathy for Lady Vengeance, Park Chan-wook poursuit son exploration de l’imagerie et de l’univers chrétien, exploration qui s’accompagne du plaisir subversif d’y mélanger un fort et troublant érotisme. Cette histoire de vampires satisfait son goût prononcé pour les ambiances noires et gothiques, et son plaisir des intérieurs coréens sombres. Son talent pour créer une tension insoutenable est intact : avec Park Chan-wook, on ne sait jamais quand le coup va partir, et un bon plan finit souvent par un crâne qui s’éclate sur un bout de trottoir, ou des projections de sang noir sur les murs. Choix des plans, photo, lumière, musique, jeu d’acteur : techniquement, le film est superbe. Song Kang-ho est excellent en prêtre rongé par le désir, et son extraordinaire présence à l’écran rajoute beaucoup de densité au film.

Hélas, le scénario est mince, et il lui manque la profondeur d’un Old Boy, par exemple. Bak-jui, c’est, finalement, de la série B. L’histoire est malheureusement linéaire, simple, prévisible. Mais les images sont belles, et grâce à son talent, Park Chan-wook sauve les meubles.

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jeudi, avril 23, 2009

Non, pas le lapin !

Première Urgence, afin de réunir quelques fonds pour financer son projet de cuniculture en Corée du Nord, a décidé de se lâcher un peu...


Pour info, la cuniculture, ce n'est pas l'art du cunnilingus – art que les Nord-Coréens maîtriseraient suprêmemement si l'on en croit ce site étonnant - c'est tout simplement de l'élevage de lapins.

Plus de détails sur les activités cunicultrices de PU sur leur site web.

Depuis 2006, le gouvernement nord-coréen encourage officiellement la production de lapins, afin d'enrayer le déficit alimentaire chronique dont le pays souffre. Cet effort compte même une initiative surréaliste célèbre, l'introduction de 12 lapins géants allemands, une tentative qui a fait long feu – les lapins géants se révélant bien trop voraces... ce qui ne faisait guère avancer le schmilblick.

Au-delà même du fait qu'elle soit encouragée par le Président Kim Jong Il, la reproduction de lapins présente de multiples avantages : viande riche en protéines, reproduction facile et rapide, des coûts d'infrastructures réduits et peu de suivi vétérinaire. De plus, sa fourrure peut faire l'objet d’un commerce et relancer ainsi l'économie de ces régions. Par ailleurs, cet animal est d'ores et déjà présent dans le pays et consommé sans réticence culturelle par les nord-coréens. [source : site PU]

Alors qu'au Sud on ne mange jamais de lapin, lequel est considéré comme un animal de compagnie bien trop mignon pour finir dans une assiette - un peu comme si vous vous voyiez offrir un bon civet de hamster - au Nord il m'est arrivé souvent de voir du lapin servi à table. Et les affiches de propagandes encourageant l'élevage de lapins sont nombreuses dans les campagnes.

[Elevons plus de lapins !]

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vendredi, mars 20, 2009

Une histoire encore plus triste que la tristesse

Voila un moment que je n'ai pas continué ma série de billets sur la Corée du Nord. J'y travaille, promis, et d'autres suivront bientôt !

Depuis cette semaine, j'écris des chroniques sur le cinéma coréen pour KBS, la radio nationale coréenne, qui produit aussi des émissions en français à destination du public francophone.

Le résultat est lisible ici. (C'est aussi écoutable sur podcast, mais vous êtes pas obligés de vous infliger ça.) D'autres suivront, au rythme d'une chronique tous les vendredis, pendant l'émission Séoul au jour le jour.

Update: KBS est écoutable en France sur ondes courtes sur 6 145 kHz chaque jour de 19H à 20H TU.

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vendredi, mars 13, 2009

Photos de Corée du Nord

Je vous conseille vivement de jeter un coup d’œil à ces superbes photos prises en Corée du Nord, probablement par un expat en poste là-bas. Des documents récents et exceptionnels. Bravo à leur auteur.

[Comté de Kwaksan. Photo de Kernbeisser, tout droits réservés]

http://www.flickr.com/photos/kernbeisser/

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dimanche, mars 08, 2009

Souvenirs de Corée du Nord (9) - Alerte à la bombe à Hyesan.

Hyesan, capitale du Ryangang, province du nord, tout près de la frontière chinoise. Nous sommes là pour une semaine, toute une équipe du PAM, trois expatriés, nos chauffeurs, et notre inséparable paire de traducteurs-guides-officiers de liaison.

Tensions dans l'équipe. Nous sommes en retard sur nos objectifs de monitoring. Notre demande d'autorisation pour des visites exceptionnelles durant le week-end a été rejetée, et nous allons manquer de temps pour visiter chaque comté. Dans ce contexte d'urgence alimentaire – ou supposé tel -, ce refus nous met en rage. Sans parler de la perspective grimaçante de passer deux jours consécutifs coincés à l'hôtel. Notre officier de liaison a traîné des pieds pour transmettre notre requête : "le samedi est consacré à l'étude, le dimanche au repos", a-t-il martelé. L'ambiance est à la fronde.

Le samedi matin, avec ma collègue, nous oublions de prévenir nos guides pour aller nous promener jusqu'à la grande statue du généralissime, dressée sur un promontoire au centre de Hyesan, à quelques centaines de mètres de l'hôtel. Les rues sont désertes. Nos guides nous avaient annoncé la veille que la province effectuait un exercice d'alerte à la bombe : dans la ville, la population toute entière est supposée se réfugier dans les abris souterrains, et s'y terrer pendant 24 heures. Pendant la nuit, des pétards ont même été tirés, sans doute pour rajouter un semblant de réalisme à l'exercice.

J'avoue que sur le coup, je n'y avais pas vraiment cru. La Corée du Nord manque certes de beaucoup de choses, mais jamais d'excuses foireuses pour nous consigner à l'hôtel. Et l'indigestion de couleuvres apprend le doute et la circonspection. Ce jour-là cependant, nous aurions du écouter nos guides : c'était jour d'alerte à la bombe.

Les rues sont donc vides. Pas un chat. Les passants, les vendeuses à bassine, les tireurs de carriole, les petits vieux assis en bas des habitations… tous ont disparu. Les magasins et les restaurants sont fermés. Ambiance de ville fantôme.

Nous croisons tout de même quelques âmes. Trois militaires en débardeur blanc fument assis au fond d’un camion et nous regardent passer, surpris. Une bande de gamins, bravant l'interdiction, jouent à se poursuivre dans la rue. Plus loin, sur une grande esplanade en face d'un bâtiment qui ressemble à un théâtre, une troupe de jeunes lycéens répète la chorégraphie de masse de la prochaine fête nationale.

Nous arrivons au pied de l'immense statue du père de la nation, tournée vers la ville de Hyesan, laissant la ville chinoise dans son dos. La vue est somptueuse. Nous sommes entourés par les montagnes, hautes et imposantes. Au pied du promontoire coule la rivière Amnok, ou Yalu pour les Chinois. De l'autre côté, la ville chinoise de Changbai, si proche, presque à portée de main. Le contraste est saisissant. Côté chinois, les routes ont été récemment goudronnées, et de grands panneaux de publicité sont visibles. Un seul pont, qui sert de poste frontière, traverse l'étroite rivière.

Les montagnes du côté coréen sont cultivées malgré la forte pente, parfois jusqu'au sommet. Celles du côté chinois sont couvertes de forêts.

Nous revenons sur nos pas et longeons l'avenue que l'absence de vie commence à rendre oppressante. Une voiture se fait entendre dans le silence derrière nous, parcourt la rue déserte, et s'arrête à notre hauteur. En sort un responsable du comité populaire local, qui semble peu étonné de nous trouver ici.

- Que faites-vous ici sans votre guide, nous dit-il très poliment. Vous devriez rentrer à l'hôtel. Je peux même vous déposer, si vous voulez.
- Non merci, c'est très gentil, mais nous préférerions découvrir la ville. Nous avons bien besoin de faire une promenade et de nous dégourdir les jambes, après autant de temps passé à l'hôtel.
- Ah oui, mais aujourd'hui, c'est journée alerte à la bombe, vous savez.
- Ah tiens. On va peut-être rentrer, alors.
- Ce serait mieux, oui. Je vous raccompagne ?

Nous rentrons.

Nous trouvons sur le perron de l'hôtel notre guide, en colère. "Vous ne pouvez pas sortir sans nous. Hyesan est une ville proche de la Chine, et c'est donc très dangereux. Souvenez-vous de ce qui s'est passé à Geumgangsan." L'accident de Geumgangsan – une touriste sud-coréenne abattue par erreur sur la plage par des soldats nord-coréens le mois précédent – était de récente mémoire. Mais je ne crois pas à cette menace, et je reste persuadé que nous n’avons pas couru le moindre risque.

Je ne peux pas dire que notre escapade jusqu'à la statue de Hyesan ait vraiment contribué à améliorer l’ambiance, dans l’équipe. Le reste du week-end est passé tout, tout lentement.

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samedi, février 28, 2009

Séoul dans ses ruines

Je viens de publier sur Orient ou Rien quelques photos prises à Yongsan le week-end dernier, un mois après la tragédie.

Le fait que j'écrive essentiellement sur ce qui me dérange au Sud, et ce qui m'amuse au Nord, ne doit pas tromper sur mes intentions : je ne cherche surtout pas à défendre un régime contre un autre. C'est juste qu'il est beaucoup plus intéressant intellectuellement d'écrire à contre-courant du cliché traditionnel Nord/Sud, Enfer/Paradis.

Malgré ses effroyables problèmes connus de tous, le Nord ne correspond pas nécessairement à l'image qu'en véhiculent les médias, prompts à préférer le sensationnel et à conforter leurs lecteurs dans leurs préjugés. Et puis la Corée du Nord, c'est loin, c'est inaccessible : quand on parvient à y venir en touriste – ou en diplomate – pour 5 jours, il est tellement plus facile d'y confirmer ses idées préconçues plutôt que de creuser un peu.

Quant au Sud... il est en train de nous apprendre que les acquis démocratiques peuvent être parfois plus fragiles qu'on ne le pense.

Je ne sais pas si ces précisions sont vraiment nécessaires ; sans doute sont-elles bonnes à rappeler.

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jeudi, février 26, 2009

Souvenirs de Corée du Nord (8) - En métro, d’Etoile Rouge à Champs d’Or

Le métro de Pyongyang est sujet à de nombreux fantasmes. Il n’existerait pas, peut-on parfois lire. Il ne serait composé que de deux uniques stations, dans lesquelles on amène les visiteurs étrangers à des fins de propagande. Ses usagers seraient des figurants, qui, tels des mannequins de carton, seraient placés là les jours de visites de délégations internationales. La rumeur court qu’un fonctionnaire des Nations-Unies aurait un jour essayé de rentrer dans une station, et aurait trouvé porte close...

Fallait pas venir un jour férié camarade ! Le métro de Pyongyang existe, et il est composé de deux lignes, dont la première a ouvert en 1973. Le métro de Séoul a lui ouvert en 1974, un an plus tard : en pleine guerre froide, à l’époque où les Russes et les Américains se livraient à leur légendaire course à la Lune, les Coréens, eux, nous faisaient un concours de taupes.

En raison d’un grave accident lors de la construction de la ligne sous le fleuve Daedong, les deux lignes qui composent le réseau du métro Pyongangois n’ont jamais franchi la rivière, et se situent toutes deux sur la rive ouest. Le quartier diplomatique étant situé, lui, est sur la rive est, les étrangers ont peu d’occasions de l’utiliser. (Pour ceux qui désireraient plus d’informations sur le métro nord-coréen, je vous recommande le site suivant, qui est une vraie mine d’or : www.pyongyang-metro.com)

Un samedi, poursuivant nos excursions urbaines, nous avions garé nos vélos près d’une station, un bâtiment blanc et simple de forme circulaire, identifiable à son logo bleu et rouge figurant le caractère 지, afin de tenter la grande aventure : prendre le métro. En ce début de 21ème siècle, on cherche le frisson de l’aventure là où on peut.

Nous nous sommes approchés du guichet, un petit fenestron dans le bâtiment ouvrant sur l’extérieur, vaguement inquiets - la Corée du Nord est sans doute le seul pays où on se demande, avant de prendre le métro, si on a le droit ou pas. Un exemple supplémentaire de la paranoïa insidieuse qui nous gagnait tous...

Acheter des tickets s’est révélé plutôt simple, nonobstant les habituels problèmes de monnaie : la plus petite piécette que j’avais en poche, c’était une pièce de 100 wons (environ deux centimes d’euro), alors qu’un ticket coûte 5 wons... Quand je lui ai demandé trois tickets, la guichetière m’a lancé son lourd regard habituel, propre aux caissières en manque de monnaie.


C’est donc avec 20 tickets en main que nous sommes finalement entrés dans le mystérieux métropolitain Pyongyangois. Une officielle en uniforme a vérifié nos billets sans rien dire, et nous avons franchi les trois formidables portes blindées dont le rôle est de pouvoir transformer le métro en abri antiatomique à tout moment. Nous avons pris l’interminable escalator - le métro de Pyongyang est situé à plus de 100 mètres sous terre - qui nous a enfin amené sur les quais.

Chaque station de Pyongyang est décorée suivant un thème révolutionnaire : la victoire, la reconstruction, la réunification, le retour triomphal de la guérilla antijaponaise, etc. Les noms des stations exaltent la fierté nationale et portent les doux noms de Paradis, Etoile Rouge, Triomphe, Camarade, Fondation Nationale, ou encore Champs d’Or. A quelques exceptions près, ces noms n’ont d’ailleurs aucun rapport avec les noms de rues ou de quartiers en surface.

Les deux stations les plus impressionnantes sont celles de Reconstruction (Puhung) et Gloire (Yongwang), situées près de la gare centrale. Ce sont d'immenses halls richement décorés, où pendent de lourds plafonniers imposants. Des mosaïques ornent leurs murs, et représentent d’enthousiastes travailleurs et paysans, remplis d’ardeur et de foi révolutionnaire, allant reconstruire le pays à mains nus, sous la direction éclairée et bienveillante du grand leader.

D’autres montrent la ville de Pyongyang la nuit, éclairée, resplendissante et moderne. Ou encore des mosaïques d’usines, noires et fumantes, parcourues des gigantesques pylônes électriques zébrant des paysages industriels, des barrages hydro-électriques... Tout le fantasme d'une nation qui rêve de développement et d'industrie lourde.

Ces mosaïques sont constituées d’une myriade de petits carreaux de couleurs, et me rappelaient curieusement les graphismes colorés et pixellisés des jeux vidéo de mon enfance. Je me retrouvais devant ces immenses tableaux qui représentent l'idéal de vie nord-coréen... et je retrouvais soudainement cette saveur, ce goût d’enfance immanquable : le parfum oublié de ces heures entières passées, gamin, à jouer à Monkey Island. En ce début de 21ème siècle... on a les madeleines proustiennes de sa génération.

Le métro en lui-même est finalement décevant : des rames remplies d'étudiants, d'écoliers, d'ajummas et de costumés qui reviennent du travail, nous observant à la dérobée. A quoi s'attendre de plus, au fond ?

Les rames proviennent d'Allemagne de l'est. Si les graffitis sur les parois ont pu être effacées, les inscriptions en allemand gravées sur les vitres, elles, sont toujours visibles. Au fond de la rame, les deux immuables portraits des leaders contemplent les passagers.

A la station Puhung, un homme est arrivé droit sur nous, inquisiteur. Il venait savoir qui nous étions, et ce que nous faisions ici. Il tombait à pic : on avait justement besoin de quelqu'un pour nous prendre en photo.

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samedi, février 21, 2009

Souvenirs de Corée du Nord (7) - La danse sur la colline

Un ami et moi étions partis pour une balade à pied derrière la zone diplomatique. C’était l’été. Le soleil écrasait les ruelles poussiéreuses du quartier de petites maisons basses au milieu duquel nous nous étions volontairement perdus. Des citrouilles poussaient sur les toits et, derrière les murets, une végétation touffue de légumes, sojas, pois, et maïs débordait des jardinets minuscules.

Un quartier pauvre et vivant. Des hommes passaient à vélo, dignes dans leurs impeccables et sombres costumes à col, droits et raides malgré les cahots et les nids de poules. Des gamins jouaient avec des bouts de bois dans les ruisseaux. Trois ajummas accroupies contre le muret qui sépare chaque maison de la rue vendaient des rubans de tofu baignant dans une sauce rouge, au fond de leurs immuables bassines en plastique. La chaleur accablante enveloppait ce petit monde et l’étouffait.

Nous avons acheté une bouteille de Sindoksan - la Volvic locale – dans une petite échoppe de quartier. Nous avons traversé un marché, animé et caché dans une ruelle boueuse. Nous avons gravi la colline de Munsubong, au milieu des quelques familles venues en pique-nique, et des gamins occasionels courant dans les bois. Nous avons finalement atteint le sommet de la colline, où nous avons trouvé, sous un pavillon en béton, une bonne vingtaines de grand-mères en costume traditionnel en train de danser.

Nous nous sommes approchés. Elles dansaient de la façon traditionnelle coréenne, en faisant essentiellement bouger les bras, les avant-bras décrivant de petits demi-cercles au dessus de la tête tandis que les pieds servent à se déplacer à petits pas cadencés autour des autres danseuses. Toutes arboraient des sourires radieux. Scène rare.

L’une des grand-mères tenait un petit tambour, et chantait. Son tambour imprimait le rythme de la danse. D’autres étaient assises sur le parapet du pavillon et entouraient les danseuses, tout en battant la mesure de leurs mains. L’ambiance était joyeuse. Les visages étaient rouges, effet de la chaleur et de quelques verres de soju.

A notre arrivée, la femme au tambour s’est arrêtée. Flottement. Et puis, l’air de rien, elle s’est mise à chanter Bangapseubnida. Bangapseubnida est une chanson archi-connue au nord – et meme au sud - et dont chaque visiteur est gavé jusqu’à l’écoeurement. Son thème est la réunification, et célèbre le jour où les Coréens se retrouveront. Bangapseubnida signifie "enchanté de vous rencontrer".

Une invitation, donc. Un peu craintifs, nous sommes montés dans le chapiteau bétonné. Une grand-mère plus hardie – ou éméchée – que ses copines nous a pris par la main, et nous a entraîné dans sa danse. L’assemblée s’est mise à rire. Des petits rires timides, vite devenus de bons gros éclats de rire francs. Et nous tournions sur nous-même, levant les bras et les baissant au rythme des chansons qui se succédaient.

D’autres grand-mères se sont jointes à nous. L’ami rigolait, très à l’aise au milieu de cette assemblée du troisième âge tournoyante et délurée. Des gamins qui passaient se sont arrêtés pour admirer le spectacle. Moment de grâce. Loin de la paranoïa ambiante, loin de la pesanteur et de l'anxiété insidieuse qui empoisonnait le quotidien, loin du stress d’un travail qui s’effectuait dans des conditions difficiles, nous dansions. Et cela suffisait au bonheur d’une poignée de mamys en goguette qui se posaient peu de questions.

Les Coréens sont un peuple accueillant, chaleureux, émotif et fêtard. Des souvenirs de voyages dans les campagnes au Sud me sont revenus. Ce que les Séoulites sont peu à peu en train d’oublier au pied des tours de verre ultramodernes de Gangnam, ou entre les barres d’immeubles trop propres des riches ghettos de Bundang, je l’ai retrouvé ici, au sommet de cette colline perdue en banlieue de Pyongyang.


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mardi, février 17, 2009

Souvenirs de Corée du Nord (6) - Pour une poignée de bonbons

Pyongyang, à l'encontre de nombreux préjugés, est une ville qui offre quelques intéressantes possibilités de shopping : marchés bien sûr, mais aussi grands magasins, galeries, petites boutiques de quartier. Le choix ne manque pas, et j'y reviendrai. L'un des problèmes quotidiens de la vie nord-coréenne vient au moment de régler ses achats : comment payer ?

Les magasins en général n'acceptent pas les wons : pour les étrangers, la monnaie officielle est l'euro. Mais d'autres devises sont monnaies courantes, si je puis dire : on trouve très souvent des dollars, et parfois même des yuans chinois. Les magasins acceptent tout type de devises, et chaque serveuse de chaque magasin de chaque ville reculée du pays connaît par coeur tous les taux de change.

Les véritables difficultés arrivent au moment de rendre la monnaie. Parce que ce que serait trop facile. 2 euros 10 centimes. Le prix de la peur. Vous n'avez qu'un billet de 5 euros, et la caissière vous jette un regard noir, où se mêlent les reproches et la détresse, ses yeux embués par l'émotion vous signifiant votre cruauté sans nom. Elle ouvre son tiroir-caisse d'une main lourde ; dans une boîte en carton y traînent de grosses liasses de billets, et quatre piécettes faméliques.

Y'a pas de monnaie.

Ca énerve, surtout si ça arrive dans un magasin où vous venez tout le temps, et dans lequel vous prenez soin de payer à chaque fois avec de la petite monnaie. Vous savez donc pertinemment que des pièces et des centimes, ils en ont. Ou du moins, qu'ils en ont eu.

Et ce jour-là, pas de chance, tout ce que vous avez, c'est un billet de 5 euros.

Les experts se perdent en conjectures : où disparaissent les pièces ? Sont-elles fondues pour en extraire un métal précieux, destiné à quelque usage mystérieux ? Sont-elles mises de côté car, représentant des petites sommes, elles plus pratiques à dépenser sur les marchés ? Ou bien alors, comme le résumait si bien un ami, un jour d'énervement devant le visage navré de la serveuse à qui il venait de tendre 10 euros:

"Mais bordel, c'est quand même pas possible de jamais avoir de monnaie, vous les mangez ou quoi ?"

Le mal est endémique, et appelle à des solutions drastiques. Telle ONG de mes amis en était arrivée à demander à chacun de ses nouveaux expats débarquant à Pyongyang de ramener un bon gros sac de petite monnaie. Ce qui, on le conçoit, est idéal à transporter quand on prend l'avion, et qu'on doit changer à Pékin.

Mais les Coréens sont un peuple extraordinairement débrouillard et plein de ressources. Ils ont trouvé une solution : ils vous remboursent en bonbons. Non, tu ne rêves pas, ami lecteur. La Corée du Nord, ce n'est pas Alice au Pays des Merveilles, et on n'y règle pas ses achats en caramels ou en fraises tagadas.

Et pourtant. Quand il n'y a plus de monnaie, quand même les billets de 1 dollar ne suffisent plus, quand les yuans sont épuisés, il reste les bonbons.

Et nous les accumulions, ces petites boites à bonbons. De marque japonaise, de forme parallélépipédique, sous un emballage coloré, avec 5 petites boules de chewing-gums parfumés à la fraise, au melon, ou au raisin. Nous avions fini par connaître leur parfum par coeur, et ces foutues boites ont complètement envahi notre environnement : trois boites dans la voiture, deux qui traînent au fond d'une poche, d'autres entamées dans la cuisine, ou entre les coussins du canapé.

Le taux de change officiel en Corée du Nord se résume donc ainsi : 20 centimes d'euros = 35 wons = 5 bonbons. Car l'unité du bonbon est la boîte.

Pour s'acheter une crème de beauté Bomhyanggi au ginseng de Kaesong (8 Euros), il vous faudra donc débourser 200 bonbons. Et une nuit d'hôtel au Moranbong ne vous coûtera pas moins de 1500 bonbons.

Ou du moins c'est ce qu'on aurait pu penser a priori. Car la réalité nord-coréenne est autre, et le bonbon est une monnaie qui y possède une qualité unique au monde. C'est une monnaie à sens unique : si vous ne pouvez guère la refuser (ou alors vous repartirez sans votre monnaie), elle n'est acceptée nulle part. Aucune caissière d'aucun magasin ni d'aucun restaurant, ni même aucune vendeuse de glace de rue, ne voudra vous les reprendre.

Nous avons pourtant essayé de les refourguer partout, ces bonbons japonais. Même dans les lieux où nous allions tous les jours, et où le personnel nous faisait confiance et savait que nous n'étions pas du genre à leur mâcher la monnaie. Même en gardant précieusement intact le petit emballage plastique autour de la boite, nous essuyions des refus nets. Même pour acheter d'autres bonbons, ils ont pas voulu.

Les souvenirs sont pervers. Quelques mois plus tard, de retour au sud, j'ai trouvé dans un supermarché une cartouche complète (20 boîtes) de cette marque de bonbons. Je les ai acheté, en souvenir ému. Quand la caissière m'a rendu ma monnaie jusqu'à la dernière pièce, j'ai été étrangement déçu.

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jeudi, février 12, 2009

Souvenirs de Corée du Nord (5) - Un Saint-Emilion au Tongil

Les marchés sont nombreux à Pyongyang, cachés derrière les blocs d’habitation, retranchés dans les ruelles. Chaque quartier possède son marché officiel, généralement facile à repérer grâce à son large toit de tôle ondulé bleu.

Les régulations qui y sont attachées changent souvent et dépendent de l'ambiance politique du moment. En 2007, une loi a été dictée selon laquelle seules les femmes de plus de 40 ans avaient le droit d’y travailler, "afin de ne pas divertir les forces productives de la nation". Pendant l'été 2008, les marchés ont subi une restriction supplémentaire, et n’ouvraient plus qu’à partir de 4 heures le soir.

En dehors des marchés officiels existe une myriade de petits vendeurs de rue, regroupés de façon informelle dans des ruelles un peu en retrait, ou au pied des barres d’immeubles. Des ajummas qui vendent dans des petites bassines en plastique cuites par le soleil des petits pains qu’elles ont cuisiné la veille, ou trois kakis. Les éternelles vendeuses de glaces et d’esquimaux crémeux, qui fondent instantanément et coulent sur les doigts. Des fripiers à l’étalage minimal, un pull en laine et deux marcels ; des réparateurs de vélos, des vendeurs de cigarettes. Dans les soupiraux des bâtiments, ouvrant sur des réduits en sous-sol, un cordonnier capable de ressemeler les pires godillots, un vendeur de nouilles, de patates douces, ou de petites bouteilles de gaz.

Un jour, nous avons même croisé un vieux monsieur qui vendait une œuvre d’art kitsch de son cru, un petit paysage miniature construit à l’aide de divers matériaux récupérés çà et là.

[Vendeuse de rue à Jongju. Photo de Kernbeisser, tous droits réservés ]

En théorie, seul le marché de Tongil ("Réunification"), situé dans le quartier du même nom, est ouvert aux étrangers. Mais en pratique, c’est comme partout sur cette péninsule schizophrène : ca passe.

Que trouve-t-on à sur un marché officiel nord-coréen ? De tout, en commençant par le plus évident : des vêtements (le plus souvent chinois), des fruits, des légumes, de la viande, du poisson, des animaux même. Du café, des épices, des biscuits au goût de poussière. De beaux carnets reliés à la main, des cahiers d’écolier, des crayons. Des BD pour gamins, imprimées sur du mauvais papier et narrant d’abracadabrantes histoires d’espionnage où les Américains ont le mauvais rôle.

Dans les allées, des rangées de papys vendent des vieux morceaux d’électronique récupérés je ne sais où : diodes, puces, transistors, condensateurs, barrettes de mémoire. Leur font face d’autres papys offrant bouts de tuyaux, vieilles montres, ou pièces de moteur rouillées. C’est le royaume de la récup, où tout a une valeur, même minuscule. Une grand-mère revend des bouteilles en plastique vides.

Et puis, un jour de flânerie, une divine surprise : négligemment posée au milieu d’un alignement de bouteilles d’alcools russes et de sodas chimiques à l’orange, se dresse une bouteille de Saint-Emilion, grand cru millésimé 85. Incrédules, nous demandons à voir la bouteille de près. Nous scrutons l’étiquette écornée et brunie, palpons le verre, sentons le bouchon, comme si cela pouvait nous aider à deviner son contenu. On dirait une vraie. Nous demandons le prix.

C’est deux euros, nous dit la vendeuse. A ce prix-là, nous ne prenons guère de risque : nous achetons notre trésor, et le ramenons à la maison sans y croire vraiment.

La bouteille est restée plusieurs jours, intacte, sur le buffet de la cuisine. Trophée que nous n’osions ouvrir, de peur de perdre nos illusions : et si c’était du vinaigre ? La déception aurait été cruelle, la joie de cette improbable découverte, gâchée. Ce vin était tellement plus précieux ainsi.

Et puis bien sûr, un jour, nous avons du l’ouvrir. Ce Saint-Emilion trônant dans la cuisine, intouché et intouchable, au pays du soju tord-boyaux et de l’alcool de serpent, attirait la convoitise. "Bon l’unité un, on va attendre encore longtemps avant de la boire, votre foutue piquette ?" Nous avons cédé.

Le vin était authentique. Un très long bouchon de liège – c’est déjà bon signe - et un breuvage excellent, dont le goût est devenu bien meilleur après quelques minutes d’attente. Un vrai grand cru.

Nous avons couru au Tongil le samedi suivant, et nous nous sommes partagé la fin du stock (5 bouteilles) que l’ajumma nous a vendu, toujours pour deux euros.

Trouver ainsi une bouteille de vin de cette valeur dans un petit marché de Pyongyang me laissait profondément rêveur. Comment ces bouteilles ont-elles pu échouer ici ? Par combien de mains sont-elles passées, qu’est-il arrivé leurs anciens propriétaires ? (et au reste de leur cave ?) A imaginer le parcours de cette bouteille, il y aurait un livre à écrire, et tellement de destins à raconter.

Deux semaines plus tard, confiant, j’ai acheté trois bouteilles de Mouton Cadet, dénichées sur un étalage similaire dans un marché voisin. Je les ai ramenées, fanfaronnant, à une soirée d’expatriés. Las ! A l’intérieur, un épouvantable jus de raisin. Les bouteilles originales avaient été vidées, rebouchées, et recapsulées. Je n’ai plus jamais trouvé d’autres bons vins dans aucun des nombreux marchés de Pyongyang.

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dimanche, février 08, 2009

Souvenirs de Corée du Nord (4) - Le club de gym de Moranbong

A Pyongyang, les restaurants sont nombreux, la nourriture excellente et très bon marché. On prend du poids. A ceci se rajoutent alcool et cigarettes ; les Coréens, comme leurs camarades du Sud, fument comme des sapeurs et boivent beaucoup. Faut bien se réchauffer le cœur pendant les hivers glaciaux et mornes. Craignant donc que l’abus de Pyonygang puisse être mauvais pour la santé, je me suis inscrit dans un petit club de gym convivial, dans le quartier de Moranbong. Ce club de gym, c'était tout un roman.

Au rez-de-chaussée, un petit restaurant de cinq ou six tables. On y trouvait toujours deux ou trois types en costume et pins, attablés, mégot au bec, les bas de pantalons remontés jusqu’au genou. Parmi eux, il m’est même arrivé de tomber sur des francophones. Des familles aussi, venues pour le restaurant plutôt que pour les cours d’aérobic.

A l'étage, deux salles. J'avais une jeune coach personnelle, chargée de la lourde tâche de me rendre plus léger. Peu de monde en général : quelques expatriés des Nations-Unies, des diplomates venus tromper leur ennui, de jeunes ados taekwondoïstes coréens désireux de se mettre les épaules au carré, des ajummas pratiquant l'aérobic. Nous n'étions guère plus de deux ou trois personnes à transpirer en même temps dans la petite salle.

Ma coach attendait ses sportifs dans un coin de la salle, le plus souvent en lisant un livre. La séance commençait toujours par quelques kilomètres de course sur un tapis roulant. Un tapis roulant, c'est dangereux dans un pays sujet à de nombreuses coupures d'électricité : si le courant est coupé, le tapis s’arrête brusquement et emporté par son élan on s'emplafonne dans la barre devant soi. C'est pourquoi la machine était alimentée par un petit générateur à essence disposé en bas du bâtiment.

La coach passait la tête par la fenêtre, et criait "Grand-père ! Le générateur !". Plus bas, j'entendais un vieux qui râlait, puis le bruit de la machine qui démarrait. Je pouvais commencer à galoper. Le reste... rien de bien exotique au fond. Une salle de gym comme partout ailleurs. Une télé et un lecteur DVD diffusaient quelques chansons locales pour nous donner du cœur à l'ouvrage.

Un jour, j'étais sur le sol, en train d'essayer de plier deux trois articulations récalcitrantes dont j'avais oublié l'existence. Des mouvements pathétiques, qui faisaient lever au ciel les yeux de la petite coach, gymnaste accomplie. Une délégation néerlandaise passe; je suis seul dans la salle, échoué sur mon tapis dans une position humiliante. Ils me regardent en discutant, et ne partent pas. Je tente de rassembler ce qui me reste de dignité, essayant avec la force du désespoir de toucher mes pied avec mes mains, arrivant à grand peine au niveau du tibia. La délégation est restée 5 minutes, m'observant suer d'un air navré. C'est long, 5 minutes.

Le vestiaire donnait sur un petit sauna, avec douches et bain d'eau froide. Le gardien du vestiaire, en charge de l'entretien du sauna, était un vieux monsieur tranquille et poli, Monsieur Ri, avec qui j'échangeais quelques mots à chaque fois. Après avoir appris que j'étais français, il m’a demandé si je connaissais Mitterrand. Un peu, lui dis-je. C'était notre président. Son visage s’illumine. "Oui, je le connais bien, me répond Monsieur Ri. Il venait ici quand il a rendu visite à notre grand leader." C'était en février 81, quelques mois avant son élection – Mitterrand, pour montrer à sa base électorale son attachement au socialisme, s’était rendu en Corée du Nord, à l'époque considérée comme un modèle de développement communiste parmi les pays du bloc socialiste. "C'était un homme grand et en bonne santé."

D’après Monsieur Ri, de nombreux chefs d'états étrangers sont passés par son sauna, pour se détendre un peu après de longues journées de visites officielles et de réunions au sommet. Ce qui m’amusait, c’était d’imaginer que ce dernier a ainsi vu, tout au long de sa carrière de gardien de sauna, nombre de personnages politiques et de chefs de gouvernements de la fin du XXième siècle... tous à poil.

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jeudi, janvier 29, 2009

Souvenirs de Corée du Nord (3) - Un après-midi au cinéma

Un après-midi d'hiver à Pyongyang, avec quelques courageux amis expats assoiffés d'inconnu, nous avions décidé d'aller assister à une projection dans un petit cinéma de quartier. On trouve beaucoup de cinémas en Corée du Nord; ce sont souvent de grands bâtiments dont l'entrée est ornée de larges affiches peintes à la main et qui ne sont pas renouvelées souvent.

Je voulais aller voir Le Journal d'une écolière, un film étonnant qui a fait un énorme carton en Corée. La plupart des Coréens de ma connaissance ont vu et revu ce film naturaliste qui traite des difficultés de leur vie quotidienne. (Le film est sorti en 2007 sur les écrans français.) Mais dans le cinéma choisi, la séance du samedi après-midi n'offrait qu’un seul film, et nous n'allions pas faire la fine bouche.

Prudents - et largement paranos -, nous avions garé notre très voyant véhicule, dont la plaque d'immatriculation portait le nom de notre unité de travail, dans une rue à l'écart, histoire de brouiller notre piste.

Nous sommes en retard. Nous nous hâtons vers le cinéma, grimpons les marches, et nous trouvons face à trois ouvreuses les yeux écarquillés, proprement stupéfaites.

"C'est combien ?" dis-je. "C'est 10 wons le ticket", répond l'ouvreuse, par réflexe. Je sors la monnaie en un éclair, empoche les tickets, et nous entrons dans la salle avant qu'elle n'ait le temps de réagir.

L'immense amphithéâtre est plongé dans le noir, le film a déjà commencé. Nous nous asseyons en silence dans une rangée près du couloir. Trois minutes après déboule un grand type hors de souffle, qui scrute rapidement la salle, et vient s'asseoir juste derrière nous.

Le film raconte le très réel et tragique massacre de Kwangju en Corée du Sud, un drame qui a eu lieu en 1980. De courageux sud-coréens, portant jeans et chemises à carreaux, sont très occupés à vivre dans la misère et à se faire opprimer par une clique fantoche de généraux félons qui complotent pour réprimer la démocratie en fumant des cigares. Les soldats sud-coréens sont très cruels, ils tuent des enfants en riant et déshabillent les filles, donnant un inattendu soupçon d'érotisme au film (après, ils les massacrent en rigolant).

Le grand type derrière nous change discrètement de place, pour s'asseoir juste à côté. A l’écran, les soldats s'en prennent à présent aux femmes enceintes et au troisième âge.

L'audience est captivée. Les cris d'indignation fusent, les langues claquent de rage impuissante, la colère monte. Quand les valeureux résistants sud-coréens prennent enfin les armes pour refouler violemment les militaires, la salle est vengée. On entend des encouragements et des exclamations de joie.

Il gèle à pierre fendre dans le cinéma, c'est l'hiver, et il ne fait guère plus chaud qu'à l'extérieur. La première partie du film se termine au bout d'une heure et demie. Entracte. Nous retrouvons le grand type, maintenant assis sur un siège juste devant nous.

Mes compagnons d'aventure ne pigent rien au coréen, et l'expérience leur suffit. Nous quittons la salle avant le début de la deuxième partie.

Le lundi matin, tout notre staff était au courant de notre escapade cinématographique. En effet, soucieux de laisser notre voiture dans un coin discret, nous l'avions garée dans une petite rue éloignée, en face d'un grand bâtiment... qui s'est révélé être le commissariat du quartier.

N’est pas James Bond qui veut.

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lundi, janvier 26, 2009

Souvenirs de Corée du Nord (2) – Des poules dans le cabanon

Journée de visite routinière dans un comté d'une province du nord, près de la frontière chinoise. Ce jour-là, mes intestins ne se sont pas remis du dîner de la veille, et semblent bien décidés à perturber les visites habituelles et sans surprise de crèches et d'écoles prévues ce jour-là. Je serre les dents et me promets de ne plus manger de poisson cru – promesse que je sais pourtant ne pouvoir tenir.

En fin d'après-midi, nous arrivons dans une bourgade blottie dans une petite vallée aux flancs recouverts de grands sapins. La petite ville repose au fond, et présente la disposition habituelle de la cité nord-coréenne : une allée principale, goudronnée, qui mène sur une grande statue du Généralissime. Quelques bâtiments officiels sur les deux côtés, et derrière, des rangées de maisonnettes plus ou moins identiques, un étage, des toits recouverts de citrouilles, et des jardinets foisonnant de légumes, reliées entre elles par des chemins de terre battue.

Une bourgade déshéritée mais impeccable, comme toujours. C'est l'été mais il fait déjà froid : de minces filets de fumée sortent de quelques maisons. La contrée ne manque visiblement pas de bois. La visite de la crèche numéro trois du comté se déroule sans accroc, jusqu'à ce que mes intestins se retournent un fois de plus. Il y a urgence. Je laisse mon collègue finir le questionnaire réglementaire, et me précipite dehors, à la recherche d'un coin tranquille et propre.

Las. Le chemin est occupé par des gamins qui se figent en me voyant. Des charrettes tirées par des paysans passent. Mon chauffeur est parti je ne sais où. J'avise un adjochi qui fume à côté de notre 4x4 et lui demande où trouver des toilettes.* Celui-ci, imperturbable, tire sur son mégot, jette un long coup d'œil circulaire, et s'avance près de la maisonnette la plus proche. Il hèle l'adjouma du logis, et lui demande si – ou lui signifie que, c'est selon - l'étranger à l'estomac fragile peut utiliser ses latrines. Elle acquiesce sans un mot, un peu apeurée, et me montre le fond du jardin en me tendant une liasse de vieux papiers brunis.

Je m'approche du cabanon de planches en bois disjointes, en me tenant le ventre. J'ouvre la porte, et me retrouve face à face à... une demi-douzaine de poules serrées les unes contre les autres. Elles se sont trouvés là un coin confortable et chaud, et semblent fermement décidées à ne pas lâcher un pouce de terrain à l'envahisseur impérialiste. J'ai beau agiter frénétiquement mon journal et siffler des "tss tss" agacés, elles font bloc, retranchées derrière le trou merdeux dans le plancher en bois. Mes imprécations, devenues suppliques sous la pression des élancements douloureux de mon estomac, sont inutiles : ces poules-là sont pugnaces. Elles n'en sortiront que par la force des baïonnettes.

Je sens le regard des enfants et de l'adjouma dans mon dos. La pression monte. Je suis en train de perdre la bataille des latrines, et ma dignité. Les poules sentent la victoire proche, et resserrent les rangs.

L'adjochi a fini par repérer mon manège ridicule, et arrive à la rescousse, dégageant les occupantes récalcitrantes à grands coups de tatane rageurs. La place est glorieusement reconquise en deux secondes. Ravalant ma honte, je balbutie trois remerciements, et fonce libérer mes entrailles.

Mon staff a bien rigolé en prenant connaissance de l'histoire. Deux semaines après, ils se fichaient encore de moi.

[Ferme dans le district de Sadong, Pyongyang. Photo de Kernbeisser, tous droits réservés]


(* différence amusante pour les coréanophones: au nord on préfère dire 위생실 – ou "pièce d'hygiène", à comparer au 화장실 – ou "pièce de maquillage" – plus usité au sud)

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samedi, janvier 24, 2009

Souvenirs de Corée du Nord (1) – Justice sur la route

Sur une route du Hamgyong du Nord, de retour de visite d’entrepôt. Dans la voiture, je suis en compagnie de mon traducteur et de l’officiel du comité populaire de la province, qui nous accompagne à chaque déplacement sur le terrain.

L’ambiance n’est pas vraiment détendue, la semaine a été difficile pour tout le monde. On regarde la route et les champs défiler sans un mot, en écoutant sur l’autoradio une cassette des habituelles et emphatiques chansons made in DPRK.

Le repas de midi avec les officiels locaux a été copieux – malgré mes protestations - et chacun commence à dodeliner de la tête. Le chauffeur, fait inhabituel, semble fatigué et prêt à piquer du nez. Bien décidé à ne prendre aucun risque et à le réveiller, je branche mon lecteur mp3 sur l’autoradio – j’avais réussi à dénicher un adaptateur sur le marché Tongil -,et choisis la musique la plus violente en stock. Ce jour-là, Justice, un groupe électronique français, que je n’apprécie pas démesurément d’ailleurs.

Mais bon, c’est une musique de rythmes bourrins, de basses répétitives, de sons désagréables qui grincent en cadence accélérée, alors je me suis dit que ça ferait l’affaire. Tout le monde a sursauté et s’est réveillé.

Les rizières et les champs se sont mis à défiler au son de rythmes bizarroïdes.

Je peux vous dire que ça n’a pas amélioré l’ambiance, dans la voiture.

Le chauffeur a grogné, signe rassurant de réveil. Il a remonté sa vitre en catastrophe. Mon traducteur, résigné, a levé les yeux au ciel – on lui avait déjà fait écouter du rap la veille. L’officiel, à moitié intéressé, a demandé si c’était de la musique, l’absence de paroles le troublant visiblement.

Bref, je me suis dit c’est pas demain que j’ouvrais mon club techno à Cheongjin.

Après on a remis la cassette. On entendait les soupirs de soulagement dans la voiture. Les miens compris.

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jeudi, janvier 22, 2009

Six morts

5 protestataires et un policier ont trouvé la mort mardi 20 janvier à Yongsan lors de la prise d’assaut d’un bâtiment où les protestataires s’étaient réfugiés. Ceux-ci cherchaient à obtenir une indemnisation plus importante suite à la perte de leurs commerces et de leurs maisons. Le gouvernement se refusait à discuter avec eux.

A lire l’excellent résumé du drame par Vincent sur Orient ou Rien. Et ce poignant reportage photo du quartier avant sa destruction (les graffitis sont laissés par les petites frappes mafieuses qui ont participé à l’éviction des habitants).

C’est sans doute ca, une politique de bulldozer - le surnom cher à Lee Myung-Bak. On ne négocie rien, et on envoie les unités anti-terroristes. Six morts.

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samedi, janvier 10, 2009

Un concert au Lydian

J'apprécie peu la musique pop coréenne, trop sentimentale, sirupeuse, et ouvertement commerciale, à mon goût. Cependant, on peut trouver à Séoul, et notamment dans le quartier de Hongdae, de nombreux petits bars-concerts qui programment des groupes très sympas, indépendants, amateurs, et talentueux.

Et notamment le club Lydian – entre Hongdae et Sinchon, à côté du Crown Bakery. On y trouve de tout; du bon vieux rock, de la chanson, du folk, de l’inclassifiable. Les groupes sont souvent incomplets, c'est pas toujours facile de se trouver un batteur... Pas d'alcool à vendre – le patron veut une salle de concert, pas un bar – mais rien n'empêche d'aller s'acheter quelques canettes au convenient store du coin. Les musiciens ne sont pas rémunérés, et tirent les tables après le concert pour se faire offrir des ramyeons et du soju, agapes auxquelles le public resté jusqu’à la fin est aussi convié.

La salle, déjà petite, est souvent à moitié remplie, le public étant pour la plupart constitué des groupes qui jouent le soir même... Qu'importe, le talent est là, à l'état brut, et l'audience captivée. Les morceaux s'enchaînent et le temps s'arrête.

Ci-dessous, un extrait vidéo de Yeotjaengi, rebaptisé Melanism depuis.

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vendredi, janvier 02, 2009

Okonomiyaki et tteokbuki

Visite éclair de deux jours au Japon à Noël, pour aller y chercher mon visa de travail.

Dans un petit restau d'Osaka, mon ami Oka me fait goûter le meilleur okonomiyaki du Japon, donc du monde. Le restaurant, minuscule et chaleureux, ne paie pas de mine; on s'assoit et on mange sur le comptoir. Il n'y a pas assez de place pour des tables.


Des lycéens en costume prennent commande bruyamment. L'un d'entre eux parle deux mots d'anglais et propose de nous prendre en photo. Amusé, le patron se met a faire le gamin derrière ses plats.

Je n'arrive pas à finir la moitié de ma ration; assise à côté, une mamy fluette et haute comme trois pommes m'observe en souriant, et engloutit la totalité de son énorme portion.


Visite rapide du quartier coréen d'Osaka, dédale de vieilles ruelles marchandes et couvertes. Des odeurs de kimchi et de tteokbuki, des gens qui se bousculent et s'interpellent en coréen. Quelques posters de Bae Yong-ju, pour faire plus vrai. Deux gigantesques sœurs derrière leur comptoir de poissons hurlent en coréen et terrorisent les passants.

Au milieu des rues se cache un café, véritable merveille semblant sortir droit des années 50. Tout y est parfaitement entretenu, les zincs, les vieux bois, les boites en fer de marques de café disparues depuis longtemps. Le patron y prépare son café dans des éprouvettes renversées et chauffées par un bec bunsen. Un lieu hors du temps et magique.

On a passé le soir du réveillon à Kobe, et puis le 25 j'ai repris mon avion pour Séoul. Ils ont passé des cantiques de Noël pendant toute la durée du vol.

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mardi, décembre 30, 2008

Puces

Ce week-end nous avons été flâner au marché aux puces de Sinseol-dong. (métro Sinseol-dong, ligne 1 ou 2).


En me promenant au milieu de vieilles affiches de films, de photos jaunies de Park Chung-Hee, de vieux bouquins d’éducation des bonnes manières à l’usage des jeunes filles prêtes à marier, de tout un fatras de vieux appareils électroniques, radios Goldstar en plastique blanc et ventilateurs Hyundai, je me prends à rêver un peu. Ce pays a changé tellement vite.

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jeudi, décembre 11, 2008

Le PAM a des problèmes

ll semble que les problèmes qui ont conduit au non-renouvellement de mon visa ne sont pas résolus. A lire, ce très intéressant article du Washington Post à propos du PAM en Corée du Nord.

U.S. officials noted that food aid delivered via nongovernmental organizations continues but acknowledged that the main effort -- through the World Food Program -- has stalled. They said they are trying to resolve the problems, which concern disputes over the number of U.S. personnel in Pyongyang and Korean-speaking U.N. employees around the country.

Les Etats-Unis ont cessé de livrer l’aide alimentaire au PAM (d’après l’article, depuis aout !), privilégiant le consortium d’ONG américaines. Le PAM, n’ayant plus de nourriture à distribuer, perd ses accès terrain. Et ses visas. Accessoirement, 8 provinces se retrouvent privées d’aide.

Il est surprenant de constater que les ONG américaines gardent la confiance d’USAID. Même si elles disposent en effet de plus d’expats parlant coréens (à l’époque, environ un tiers de leur staff), en terme d’accès sur le terrain de contrôle de la distribution, le PAM était largement plus efficace et intrusif. Sans doute trop.

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mardi, décembre 02, 2008

Protestons

En Corée, les églises protestantes, souvent des émanations d’églises américaines, pratiquent un prosélytisme sans relâche et possèdent un sens des affaires infaillible. Certaines d'entre elles, véritables entreprises qui utilisent leurs fidèles comme source de revenus et comme main d’oeuvre dévouée et gratuite, détiennent des fortunes colossales, et une influence hors de proportion.

Les organisations bouddhistes, d’habitude pourtant discrètes, ont récemment protesté contre le tournant ouvertemment chrétien des déclarations et de la politique du président Lee Myong-Bak, protestant fervent, membre de l’une des plus influentes églises protestantes de Corée, et qui avait un jour, lors d’un discours, dédié la ville de Séoul à Dieu.

Dans la vie quotidienne, cela se traduit par des ajjummas venues me convertir à domicile à 8 heures du matin, des petits soldats de dieu offrant le café aux passants le matin dans le froid, et la trombine du pasteur de l’église du coin sur mes mouchoirs en papier gratos distribués à la sortie du métro.

La religion en Corée, c’est aussi Samsung qui lance sans pudeur sa “Samsung Christian Card”, une carte de crédit dorée, avec un crucifix dessus. Les exemples sont infinis. On trouve ainsi des irruptions de messages prosélytes à des endroits où l’on s’y attend le moins.

Petit jeu pour toi, ami lecteur : sauras-tu trouver le magnifique Jesus Loves You inscrit (en anglais) sur cette publicité pour... une clinique de chirurgie esthétique ?


En bonus, voilà le zoom du texte en petits caractères, en bas à droite de l’affiche.

Traduction approximative: Crois en Jésus, et alors toi et les tiens obtiendrez l'éternité.

Simple pratique commerciale destinée à attirer plus de clients, ou véritable et profonde ferveur qui transpire là où la religion ne devrait pourtant pas avoir place? Difficile de juger.

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vendredi, novembre 21, 2008

Retour au sud

"Pas d'accès, pas de nourriture", répétait le PAM.

"Pas de nourriture... pas d'accès", ont répondu les Nord-Coréens le jour où le PAM a eu des soucis d'approvisionnement.

En conséquence... non-renouvellement de visa pour les petits humanitaires. Et retour à la case Séoul.

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jeudi, octobre 23, 2008

Un dimanche à la colline des martyrs

Dimanche dernier, je suis parti visiter avec d’autres amis expats la colline des martyrs du Mont Taesong. Située sur les hauteurs de Pyongyang, il s’agit d’un lieu de pèlerinage où les Coréens viennent honorer la mémoire des glorieux martyrs et héros de la révolution.



Les bustes d’une centaine de ces héros indomptables y sont alignés, et contemplent fièrement la capitale qui s’étale sous leurs yeux.


Taesong offre l’un des panoramas les plus somptueux sur la ville, particulièrement lorsque le soleil se couche.

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jeudi, octobre 16, 2008

Recensement

En ce moment, la Corée du Nord est en train d’effectuer le recensement de l’ensemble de sa population (estimée aujourd’hui à 23 millions) ; il s’agit du deuxième à avoir lieu dans le pays, le premier s’étant déroulé en 1994.


[Participons tous au recensement général !]

Dix mille enquêteurs sont répartis dans tout le pays. Cette opération s’effectue en coopération avec le Fonds des Nations Unies pour la Population (UNFPA, United Nations Population Fund) .

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lundi, septembre 15, 2008

L’autre PIFF

Quand on parle de festival de cinéma en Corée, le PIFF (Pusan International Film Festival) est sans doute le premier à venir à l’esprit. Mais il existe, au nord de la frontière, un autre PIFF, moins médiatisé, certes : le Pyongyang International Film Festival.


La 11ème édition aura lieu du 17 au 26 Septembre sur la petite île de Yanggakdo au milieu de la rivière Taedong. Nous y sommes allé faire un tour ; hélas, impossible d’acheter des billets en avance, et impossible de connaître le programme non plus. En Corée du Nord, quelque soit le sujet, on aime cultiver le secret…


Les affiches de films nord-coréens mises en avant sur le site du festival (photo ci-dessus) comprennent de grand classiques : Le Journal d’une Ecolière, La Marchande de Fleurs, Mer de Sang. Quelques films sont un tantinet guerriers certes, mais les organisateurs ont choisi de placer le festival sous le signe de la paix et de l’amitié, ont même caché de discrets et inhabituels petits cœurs dans leurs affiches...

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mardi, septembre 09, 2008

Le Grand Jour

Aujourd’hui est le soixantième anniversaire de la fondation de la République Populaire Démocratique de Corée. Les célébrations promettent d’être grandioses, les Pyongyangois – habitants de Pyongyang ? Je suis ouvert à toute suggestion – s’y préparant avec passion depuis des mois.

[Source : AP]

Hier soir nous avons été invités par surprise aux Mass Games au Stade du Premier Mai. Ce soir, toute la communauté internationale est conviée à la grande parade aux flambeaux place Kim Il Sung.

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